Les grandes idées de Jean-Jacques Rousseau

12 08 2009

A la fois écrivain, musicien, philosophe, l’oeuvre de Jean-Jacques Rousseau est extrêmement riche et éclectique. La nouvelle rubrique “les grandes idées de Rousseau” donne un aperçu de cette richesse en abordant, au fil des mois qui nous séparent de 2012, certaines thématiques chères à Rousseau. En écho à Calvin et à sa commémoration, 2009 traite de la religion. Quatre idées centrales en découlent :

Que nous dit Rousseau sur ces thèmes, et quels sont les textes qui en discutent ? Cette rubrique offre une manière originale de découvrir les idées de Jean-Jacques Rousseau et de se familiariser avec ses écrits.

Le miracle

le miracleLe miracle est pour Rousseau doublement pernicieux. D’abord, parce qu’il n’est pas nécessaire de croire aux miracles pour croire en Dieu : il suffit d’user de sa raison ou de regarder autour de soi pour se rendre compte que Dieu existe. Ensuite parce que cette question des miracles peut même troubler la lecture de l’Evangile : il suffirait en effet d’«ôter les miracles de l’Evangile» pour que «toute la terre» soit «aux pieds de Jésus-Christ». Cette négation des miracles rapproche un peu Rousseau de… Voltaire, qui professe de son côté l’absurdité de tout manquement à la raison, notamment dans les affaires religieuses. Toutefois, tandis que Voltaire use sans cesse de raillerie et d’ironie à l’égard des prêtres qui, par exemple, font trouver Dieu «dans un morceau de pain», Rousseau ne fait que rejeter ce qui lui semble déroger à l’esprit d’une religion épurée, débarrassée de ses oripeaux mythologiques.
Ce que de nombreux historiens de la religion retiennent d’abord de Rousseau, c’est qu’il s’est opposé aux miracles. Certains le prennent en bonne part : cette critique des miracles, nous disent-ils, s’inscrit tout à fait dans le droit fil de l’évolution historique du protestantisme. D’autres sont plus sceptiques, et craignent que Rousseau ait en fait ouvert une véritable boîte de Pandore : en chassant le surnaturel de sa conscience religieuse, n’a-t-il pas sapé les bases de toute croyance ? Le débat, deux cent cinquante après, reste ouvert.

Quelques textes de référence : Émile, livre IV, «Profession de foi du vicaire savoyard» ;
Lettres écrites de la Montagne, lettre III ; Vision de Pierre de la Montagne, dit le Voyant.

La foi

la foiRousseau déclare, dès les premières pages des Confessions : «On sent, je crois, qu’avoir de la religion, pour un enfant, et même pour un homme, c’est suivre celle où il est né. Quelquefois on en ôte : rarement on y ajoute : la foi dogmatique est un fruit de l’éducation.» C’est là une des seules occurrences de l’utilisation du terme «foi» dans un contexte religieux. Assez nombreux sont en revanche les usages de la «foi» dans son sens originel de confiance, avec tous ces dérivés que sont la bonne foi, la mauvaise foi, ou les expressions faire foi, ajouter foi, etc.
L’une des œuvres principales de Rousseau s’intitule pourtant la Profession de foi du vicaire savoyard, et tous les lecteurs de La Nouvelle Héloïse ont en mémoire les grands élans de foi de Julie, la maîtresse du domaine de Clarens, malheureuse à l’idée que son mari reste aveugle aux bienfaits de la religion. C’est que la foi, telle que l’entendent certains prêtres, est d’abord abandon, voire oubli total de soi face à la divinité. Or tel n’est pas du tout le discours de Rousseau, qui entend que la raison participe pleinement à la conscience religieuse. La cécité de certains croyants lui est chose étrangère.

Quelques textes de référence : Émile, livre IV, « Profession de foi du vicaire savoyard » ; Julie ou La Nouvelle Héloïse, parties IV, V et VI.

La confession

la confessionLe terme de «confession» appliqué à Rousseau peut surprendre, si on le laisse au singulier. On connaît en effet le texte des Confessions, toujours au pluriel – comme si l’on attendait de Jean-Jacques qu’il nous livre toujours plus d’éléments inavouables de sa vie passée… Et d’ailleurs, même au pluriel, le terme étonne : les Confessions n’appartiennent en effet à aucun genre littéraire déterminé. Si le titre se réfère à ce sacrement par lequel le pénitent, dans la religion catholique, demande l’absolution de ses fautes, eu égard aux remords dont le texte même, dans le cas de Rousseau, est chargé de porter témoignage, il ne suit que de très loin cet autre grand texte nommé, lui aussi, Confessions, écrit au début du cinquième siècle par saint Augustin…
Si Rousseau cherchait à être pardonné, d’une manière ou d’une autre, par le récit de ses fautes, c’est-à-dire à obtenir l’absolution après la confession généralisée de l’ensemble de sa vie, force est de constater qu’il semble n’y avoir guère réussi. Est-ce ce sentiment d’échec qui le poussera à s’isoler de plus en plus, restreignant le cercle de ses amis, s’enfermant dans une écriture de plus en plus narcissique, comme hors du monde ? Les Confessions seraient alors vraiment très mal nommées : car, tandis que la confession a pour but de se laver de tout péché pour ainsi revenir, purifié, dans la vie sociale, les Confessions de Jean-Jacques l’auraient plongé, tout au contraire, dans un abîme d’interrogations encore plus douloureuses.

Quelques textes de référence : Confessions ; Lettre à Christophe de Beaumont ; Rousseau juge de Jean-Jacques, ou Dialogues ; Les Rêveries du promeneur solitaire.

L’amour

l'amourLa Nouvelle Héloïse est, de l’avis général, le plus grand roman d’amour du dix-huitième siècle…
On s’est bien sûr étonné qu’un homme souvent considéré comme un «ours» et d’aspect si peu sociable ait pu écrire des pages si enflammées : l’amour de Julie pour son précepteur, celui de Mylord Edouard Bomston pour Lauretta Pisana restent gravées dans toutes les mémoires. Rousseau avait d’ailleurs prévenu, dès sa préface : celle qui, malgré le titre du roman, «en osera lire une seule page, est une fille perdue.»
D’autres formes de l’amour ont été abordées par Rousseau dans diverses parties de son œuvre : l’amour maternel bien sûr (c’est précisément parce que Julie se jette à l’eau pour tenter de sauver son fils Marcellin qu’elle meurt d’une espèce de congestion), mais aussi l’illusion que procure l’amour (avec une très belle pièce, Pygmalion, qui a été jouée dans le jardin de l’Ariana lors du bicentenaire de 1912), et même l’amour-propre, l’amour de soi… D’amour divin il est en revanche peu question : mais la question, justement, n’est pas de savoir si Dieu nous aime, ou quelle pourrait bien être la nature de cet «amour» censé nous relier à la divinité… Elle est ailleurs, dans le regard que se jettent Julie et Saint-Preux, à la dérobée, non loin du bosquet de Clarens…

Quelques textes de référence : Julie, ou La Nouvelle Héloïse ; Emile, livre I ; Pygmalion ; Narcisse, ou l’amant de lui-même.

Fuente: http://www.ville-ge.ch/culture/rousseau/preIdees.html#miracle

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